Destinées exceptionnelles : la vie, l’œuvre et la mort de Samuel Pozzi

Le personnage de Samuel Pozzi (1846-1918) reste, un siècle après sa mort, une figure fascinante. Personnage hors du commun, il fut à la fois un chirurgien brillant dont la carrière a été célébrée dans le monde entier mais aussi une personnalité exceptionnelle dans de nombreux domaines.

Son nom ne renvoie pas uniquement à une pince qui fait frémir les âmes sensibles quand elles l’imaginent plantée dans un col utérin….

 Ses origines : une famille nommée Pozzy (et non Pozzi) dont Samuel modifia le nom pour l’italianiser. Le père, italien immigrant en Suisse, était pasteur. Pozzi apprit enfant à parler l’anglais, car lorsque sa mère meurt de tuberculose, son père se remarie avec une anglaise.

 Une magnifique carrière de chirurgien 

  •  nommé préparateur d’anatomie en 1866 alors qu’il n’était qu’étudiant, externe des hôpitaux.
  • interne en 1868 et élève préféré de Broca, il obtient à 26 ans la médaille d’or de l’Internat.
  • Sa carrière chirurgicale commence au moment de la guerre 1870 : engagé volontaire, il trouve au front sa vocation de chirurgien et s’intéresse particulièrement aux problèmes des infections postopératoires.
  • En 1871, Pozzi exerce à l’hôpital de la Pitié dans le Service de Paul Broca puis passe sa thèse sur les fistules rectales.
  • En 1875, il obtient l’agrégation grâce à un travail sur le traitement chirurgical du fibrome utérin
  • En 1876, Pozzi se rend en Ecosse où il rencontre Joseph Lister qui menait alors une bataille acharnée pour faire accepter ses idées sur l’asepsie chirurgicale.
  • Il est nommé chirurgien des hôpitaux en 1877.
  • En 1883, Pozzi devient chef de service à l’Hôpital de Lourcine-Pascal (le futur Hôpital Broca) où il va créer le premier service de chirurgie gynécologique de France en faisant aménager deux baraquements qui avaient servi d’isolement dans le jardin de l’hôpital lors d’une épidémie récente de fièvre typhoïde. Il fit de ce service un centre chirurgical de renommée mondiale.
  • Il devint pionnier de la chirurgie abdominale en réalisant dès 1889, une gastro-entérostomie puis une suture de la vessie, une cholédocotomie et même un essai de chirurgie hépatique mais c’est surtout la chirurgie gynécologique qui va faire sa célébrité.
  • Son Traité de gynécologie clinique et opératoire publié en 1890 et traduit en cinq langues, est resté un ouvrage de référence.
  • En 1896, Pozzi est élu membre de l’Académie de médecine pour l’ensemble de son activité: il a commencé à étudier la neurologie avec Broca, il s’est ensuite passionné pour l’anthropologie et le traitement des carcinomes cutanés par fulguration électrique puis devint spécialiste des anomalies congénitales et de l’hermaphrodisme non seulement sur le plan chirurgical mais aussi dans leur prise en charge psychologique.
  • En 1897, il fonda la Revue de gynécologie et de chirurgie abdominale.
  • Il devient en 1911 le premier titulaire de la chaire de clinique gynécologique, s’intéressant particulièrement aux malformations congénitales et milite contre le recours à l’ablation systématique de l’utérus et des ovaires qui était le référentiel de l’époque.
  • Au début de la Première Guerre mondiale, Pozzi, reprit du service malgré son âge pour diriger les soins aux blessés à l’hôtel Astoria et à l’hôpital de la rue Lhomond. Grand précurseur dans le domaine de l’asepsie chirurgicale, il va, le premier, mettre en application les travaux de Lister et d’Alexis Carrel dans le domaine de la traumatologie de guerre. Il a ainsi été un promoteur de l’antisepsie et du port des gants au bloc opératoire.

 

 L’ami des artistes

Par des amis communs, Pozzi avait rencontré Henriette Rosinne Bernard dite Sarah Bernhardt . Samuel et Sarah connurent le grand  amour. En 1898, Samuel opère Sarah d’un kyste de l’ovaire de la « grosseur d’une tête d’enfant de 14 ans », il dut à nouveau intervenir sur Sarah qui souffrait d’une osteoarthrite tuberculeuse invalidante du genou droit, et, à la demande expresse de la malade, se résolut à l’amputation: il existe toute une « saga » sur Sarah devenue la plus célèbre unijambiste de l’époque. On a par ailleurs prêté à Pozzi de très nombreuses conquêtes féminines.

Pozzi connaissait à merveille le « Tout Paris ». Robert de Montesquou était un de ses meilleurs amis mais il était aussi familier des Proust, non seulement du père, le Pr. Adrien Proust, épidémiologiste en renom mais aussi de son fils Robert, qui fut son élève à l’hôpital Broca et de son célébrissime frère, Marcel, à qui il procura en 1914 la dispense lui évitant d’être envoyé au front.

Pozzi était assidu des réceptions mondaines et des salons les plus élégants et fréquentait toute la haute société parisienne. Il a ainsi côtoyé tous les grands noms de la littérature de cette  époque, d’Edmond Rostand, qui avait été son malade à Anatole France, de Maupassant à Dumas fils, de Théophile Gauthier à Paul Valery.

 

 Un grand voyageur

Un appétit insatiable pour tout ce qui vient de l’étranger et, bien entendu pour les voyages. En 1876 il était allé en Ecosse et put rencontrer Lister, le précurseur de l’asepsie. Il a visité plusieurs services chirurgicaux d’Autriche, d’Allemagne, d’Angleterre et même du Liban.

Il s’était rendu aux Etats Unis en 1893, lors de la célèbre Exposition de Chicago.

Il est allé au Canada en 1904 pour le Congres des médecins langue française d’Amérique du Nord et retourne aux Etats Unis où il rencontre Halsted, Kelly et les frères Mayo ( commentaire personnel : et ils se sont tous serré la pince…)* .

Il ramena de ses visites l’idée d’installer dans chaque grand hôpital un Ecole d’infirmières et des comités locaux de parrainage hospitalier.

 

Un expert en Antiquités

Pozzi était un amateur éclairé d’art et collectionneur de tanagras, les anciennes statuettes athéniennes de terre cuite ; il était aussi  un numismate possesseur d’une collection remarquable de monnaies anciennes.

 

Une carrière politique

Samuel fut conseiller municipal et maire, conseiller général et sénateur. Il fut à l’origine de plusieurs réformes importantes dans l’enseignement et notamment concernant le baccalauréat.

Clairement opposé à l’antisémitisme qui régnait alors partout en France, il vint apporter son soutien au capitaine Dreyfus aux cotés de Clemenceau et d’Emile Zola. En 1899 Pozzi fut représentant du Sénat au second procès Dreyfus à Rennes et, en 1909, lors du transfert au Panthéon du corps de Zola, Pozzi sauva la vie d’Alfred Dreyfus en s’interposant alors qu’un fanatique avait ouvert le feu.

 

Une mort absurde

Sa mort est aussi rocambolesque que sa vie. Il a été assassiné le 13 juin 1918 par un patient impuissant qu’il avait opéré d’une varicocèle scrotale. Celui-ci, n’ayant pas retrouvé sa vigueur masculine après ce geste, harcelait Pozzi qui refusait de le réopérer. Dans un accès de démence, le patient cribla l’abdomen de son  chirurgien de plusieurs balles de pistolet avant de se suicider.

Transporté dans un hôtel proche, Pozzi, déjà mourant, fut opéré par son élève Thierry de Martel avec à ses côtés un autre médecin célèbre, Georges Clemenceau. Il avait refusé l’anesthésie générale pour pouvoir diriger l’intervention, mais entra peu à peu en coma et mourut sur la table d’opération.

* Pardon,je n’ai pas pu m’en empêcher… Inutile de vous pincer, vous ne rêvez pas: cette private joke  à connotation hautement culturelle  est du même auteur que le texte des chansons de la soirée tonus 😉!

Texte inspiré de « Samuel Pozzi (1846-1918), chirurgien flamboyant » par André J. Fabre

6 Commentaires

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  1. Grand homme et génie mal connu à notre époque
    Merci Serge

  2. Intéressant

  3. merci Serge

  4. en fait il est mort à cause d’un chichi moisi. Merci pour cet article intéressant…le texte ne dit pas s’il était pince sans rire

  5. Voilà un illustre inconnu pour moi ….combien d’hommes ou femmes avec des parcours brillants nous sont aujourd’hui inconnus !

  6. gloire à nos anciens

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