Dans une économie liberale la « loi » de l’offre et la demande peut elle être illégale quand il s’agit des urgences?

Ceci est un coup de gueu** que m’a inspiré la lecture de l’article que j’ai placé à la suite de mon propos.

Les urgentistes doivent donc être les seuls à être vertueux dans ce monde du chacun pour soi où on ne voit que la paille dans l’œil du voisin et accepter de travailler plus pour gagner moins que ce qu’on leur offre et cela dans un environnement délétère ?

On connaissait déjà les méchants médecins qui se mettaient en grève alors qu’ils ne sont pas à plaindre et abandonnaient leurs patients mourants pour venir aux manifestations TOUS en Porsche, on sait maintenant comment ils se payent leur Porsche: c’est grâce à la fraude à la sécurité sociale et au mercenariat.

Il me semble facile de déplacer le faisceau du projecteur sur les « mercenaires » et de les diaboliser en les désignant comme une des causes de la crise à l’hôpital alors qu’ils n’en sont que la conséquence. Pour preuve les PH titulaires demissionnaires qui n’ont pas raccroché le stetho sans raison.

Personnellement je suis retraité et ne prends pas de garde, je ne suis donc pas concerné en tant que médecin, mais j’estime que dans cette affaire l’hôpital n’est pas tout blanc ni la fragile victime qu’il prétend être ..

Était ce normal jusqu’à présent de faire tourner des libéraux attachés dans un service dans lequel ils sont payés au lance pierre (ou un peu mieux grâce à une cuisine locale) dans un tableau de gardes ? Est ce normal de payer un PH titulaire au taux horaire en vigueur et qui plus est dans un contexte de multiplication des gardes du fait d’une diminution des effectifs? Et on pourrait poser bien d’autres questions, nos confrères hospitaliers témoignent quotidiennement du délabrement de leur outil de travail .

Le système voulu et mal géré par des technocrates leur pète à la gueule…et ils essayent de nous en faire porter la responsabilité face à l’opinion publique. De grâce ne tombez pas dans le piège de la division hospitaliers-liberaux, titulaires-mercenaires (d’autant que de nombreux mercenaires sont des titulaires qui ont craqué), urgentistes-autres spécialités à gardes, qu’ils vous tendent, car diviser pour mieux régner est la seule stratégie efficiente qu’ils savent mettre en œuvre. La FNIAAIHRS à toujours su s’y opposer et c’est une tache qui lui incombe encore

Non non non non la Fédé n’est pas morte, (bis). Car elle…

Amitiés à tous, Serge

Voici l’article…

Les récentes annonces d’Agnès Buzyn sur les urgences ont mis en lumière l’échec des décrets de plafonnement des rémunérations à réguler les dérives de l’intérim médical, qui semblent même s’accentuer ces derniers mois. Entre des hôpitaux qui ne respectent pas les décrets, des PH cumulards et des services en grève, recruter aux urgences tient de l’équation insoluble. Autopsie d’un phénomène en plein essor.

2013. À la demande de Marisol Touraine, le Dr Olivier Véran produit un rapport sur l’intérim médical. Le constat est sans appel : l’intérim explose et les dépenses hospitalières avec. Pour y remédier, le jeune député socialiste propose entre autres de plafonner les rémunérations des médecins intérimaires. La mesure, inscrite dans la loi de santé, est appliquée en novembre 2017 par Agnès Buzyn. Un plafond dégressif est instauré pour la garde de 24 heures : de 1404 euros brut en 2018, la rémunération ne devra pas dépasser 1287 euros l’année suivante, puis 1170 euros à compter de 2020.

Cette reprise en main a-t-elle suffi à endiguer l’intérim ? De l’avis général, en aucune manière. « J’ai eu des exemples un peu partout d’hôpitaux qui continuent à ne pas respecter le décret de plafonnement pour continuer à avoir des intérimaires dans leur service », explique le député LREM Thomas Mesnier, lui-même urgentiste et en charge de la mission de refondation des urgences aux côtés du Pr Pierre Carli, patron du Samu de Paris. « Il y a les établissement qui le respectent, mais qui ont de fait du mal à trouver des intérimaires, et d’autres qui continuent à fonctionner comme avant. »

À la FHF, on peste contre la « chienlit » de l’interim médical et on confirme que « tout est question de rapport de force », sans vouloir s’étendre sur le poids que fait peser l’intérim sur les budgets des hôpitaux. « Ça augmente », se borne-t-on à commenter.

« Ce qui se passe en réalité, c’est que les besoins en intérimaires ont explosé depuis cette histoire de décret », estime le Dr Christine Dautheribes, anesthésiste et secrétaire adjointe du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux, en lutte contre le ministère (voir encadré). « Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont raccroché la blouse et le stétho : maintenant on a des offres en permanence. » La porte-parole du SNMRH y voit un effet démographique, sans oublier d’incriminer le décret honni. « Pas mal de retraités qui remplaçaient ont dû voir les conditions du décret et penser que ce n’était plus la peine de se déplacer pour ça. »

Un « chantage assez malsain »

Peut-être ne fallait-il pas s’effaroucher de si peu. « Je reçois tous les jours des tonnes de mails pour me proposer de l’intérim, de la part de boites auxquelles je ne me suis jamais inscrit », s’amuse Mathias Wargon, patron des urgences-Smur de Saint-Denis. Et l’urgentiste parisien de faire défiler les offres de la semaine…

Alès et Sarlat, 1400 euros net les 24 heures ; Libourne, Marmande, Nemours, 1500 euros ; Douai, 2200 euros (« ah mais c’est pour demain ») ; Sens, 1100 euros (« à mon avis ils trichent »)… Sans compter que les directions ont des moyens détournés pour faire monter les enchères, ne serait-ce qu’en rémunérant les repos de sécurité. Bref, les enchères vont bon train.

Évidemment, les hôpitaux concernés ne contournent pas la loi pour le plaisir. « Les directeurs d’hôpitaux sont entre le marteau du service public et des ARS [qui imposent une continuité de service, NDLR] et l’enclume du manque de médecins », résume Mathias Wargon. Les médecins intérimaires « savent très bien que s’ils ne viennent pas, la ligne de de garde pourra être en péril et il faudra fermer un service à la population », renchérit Thomas Mesnier, qui évoque « un chantage assez malsain ». À sa connaissance, les ARS s’en tiennent à faire des « remontrances » aux hôpitaux ne respectant pas le décret..

La pression que fait peser l’intérim sur les hôpitaux est d’ailleurs loin d’être seulement budgétaire. L’ambiance et l’organisation des services d’urgences s’en ressentent. « Les médecins intérimaires viennent, font leurs 24 heures puis s’en vont », souffle le député « marcheur ». « Le niveau est assez inégal, l’implication aussi, et de fait on a des services qui fonctionnent pour partie, voire pour majorité avec des intérimaires. » En position de force, les intérimaires privilégient les postes les moins exigeants, dans les Smur par exemple, tandis que les PH du service d’épuisent à faire des gardes à l’hôpital.

« Les intérimaires ça provoque des scissions dans les équipes », confirme Mathias Wargon. « Vous ne pouvez pas avoir un médecin payé 4000 euros par mois avec des gardes à 200 euros de plus, et un mec avec lui payé au minimum 50 euros de l’heure, qui sera payé qu’il bosse ou pas, et qui peut laisser une salle bordélique le matin. » Sans même parler de l’effet sur les soignants, payés en un mois ce qu’un urgentiste intérimaire gagne en 24 heures…

Des « comportements nouveaux » qui inquiètent

On observe également des « comportements nouveaux », comme les qualifie pudiquement le ministère dans son dossier de presse sur la refondation des urgences. « Un PH à temps plein dans son hôpital et qui fait de l’intérim sur ses plages de repos, ça c’est assez nouveau », développe le Dr Thomas Mesnier. L’intérim à 100 %, jadis la norme, fait place à de l’intérim d’opportunité chez des hospitaliers, souvent jeunes, en quête de rémunération complémentaire. « J’ai même entendu l’histoire d’un PH qui s’était mis en disponibilité pour faire de l’intérim, et revenait en faire dans son propre service », confie Mathias Wargon.

C’est du reste le scénario qui s’est déroulé au CH de Mulhouse, où les démissions de PH s’enchaînent dans un contexte de conflit social total. De quoi susciter l’ire du DG de l’ARS Grand Est, Christophe Lannelongue. « On est face à des gens qui plantent leurs collègues et demandent à se faire réembaucher comme intérimaires, à 1.500 à 2.000 euros par jour. Les urgentistes de Mulhouse ont inventé le racket de groupe », pestait il y a peu le haut fonctionnaire dans les colonnes de Mediapart. A quoi deux des médecins visés, désormais hospitaliers en Haute-Savoie, ont tenu à répondre qu’ils étaient déjà bien aimables de revenir aider leur ancien service, au sein duquel ils ont tenté durant des années d’alerter sur leurs conditions d’exercice. En vain.

Comment juguler l’hémorragie ? C’est tout l’objet des mesures annoncées par Agnès Buzyn le 9 septembre dernier (voir encadré 2), dans un contexte de grève des urgences. Quelques actions symboliques ont été ajoutées à l’initiative du Pr Carli : les médecins intérimaires devront désormais remettre au centre employeur une attestation sur l’honneur qu’ils ne pratiquent pas le cumul d’activité avec leur poste de PH, et devront s’acquitter eux-mêmes de leur assurance de responsabilité civile (quelques centaines d’euros par mois au maximum), jusqu’à présent prise en charge par l’employeur public. Mais rien de nature à bouleverser la donne, à l’évidence.

Se regrouper pour peser

Sur le fond, le Gouvernement semble davantage miser sur le développement de la mutualisation inter-hospitalière. Agnès Buzyn n’hésite pas à évoquer « un intérim hospitalier » : à 200 euros l’indemnité de garde, à quoi s’ajoute le temps de travail additionnel et une prime d’exercice territorial portée à 1000 euros (contre 418 aujourd’hui), l’hôpital public aurait selon elle les moyens de rivaliser avec la concurrence. Laquelle, loin de se limiter à l’intérim, compte aussi les centres médicaux privés, les cliniques et même les centres de santé publics…

« Mon idée c’est surtout de rendre l’exercice multisites aux urgences plus attractif dans le cadre de l’exercice public, et de fait ça rendra l’intérim beaucoup moins intéressant », développe Thomas Mesnier. « C’est pour ça qu’on dit qu’il faut avancer sur les équipes de territoire et renforcer la coopération entre les services. » L’urgentiste d’Angoulême cite l’exemple des urgences de Narbonne, où « le service marche si bien qu’ils ont dû créer des services alentours pour garder tout le monde et que les médecins puissent faire de l’exercice partagé. »

Car l’attractivité ne se résume pas au portefeuille : les conditions d’accueil, l’ambiance et surtout l’organisation d’un service pèsent aussi dans la balance. « C’est une histoire d’organisation, de management : souvent c’est un chef qui sait cheffer, leader dans son équipe, qui sait embarquer les autres professionnels du service dans sa dynamique », estime Thomas Mesnier. D’où l’espoir que les services attractifs puissent irriguer les territoires alentours. Mais le député LREM ne se fait guère d’illusions : « au fond du sujet, il y a quand même la question de l’attractivité du poste de PH ».

Prévue à l’horizon 2020, la réforme du statut unique du PH est formellement engagée, la loi de santé prévoyant la possibilité pour le Gouvernement de déterminer les contours du nouveau statut par ordonnance. Mais le dossier semble pour l’heure en stand-by, les dernières concertations avec les syndicats remontant à avant l’été. Comme s’il n’y avait pas urgence.

Ministère vs « mercenaires » : où en est-on ?


Vent debout contre le décret de plafonnement, certains médecins intérimaires se sont organisés en collectif pour organiser une riposte. Arguant d’une diminution de 30 % de leurs revenus (le prix habituel d’une garde de 24 heures étant de 1300 euros net), le SNMRH a diffusé une « liste noire » des hôpitaux respectant le décret, appelant au boycott. L’initiative avait suscité les foudres du ministère : fait rarissime, la DGOS a déposé plainte en novembre 2019 contre les trois membres du bureau du SNMRH : sa présidente Linda Darasse, son secrétaire Abdelaziz Hanaf et sa secrétaire adjointe Christine Dautheribes. « Le ministère a écrit à nos ordres, formulé sa plainte et demandé une sanction assez conséquente », confirme cette dernière, qui voit dans la réaction de l’avenue Duquesne une entrave à l’action syndicale. Les plaintes sont toujours en cours d’instruction par la juridiction ordinale.

Par Yvan Pandelé le 04-10-2019

6 Commentaires

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    • Jacques Rivoallan sur 4 octobre 2019 à 10 h 18 min

    L’administration Hospitalière récolte ce qu’ell a semée !

    • houis sur 4 octobre 2019 à 13 h 21 min

    Réforme mal embarquée mais je ne comprend pas l’attitude de notre ministre ancienne PH qui n’ose pas ou qui ne peut pas intervenir.

    • Friedmann sur 4 octobre 2019 à 14 h 54 min

    Une fois de plus, une bombe à retardement….. ceux qui ont allumé la mèche ne sont plus aux commandes.

    • Coux sur 5 octobre 2019 à 1 h 01 min

    Inquiétant tout ça pour les futurs clients des urgences que nous sommes!

    • Jean-Claude BELTRANDO sur 5 octobre 2019 à 8 h 34 min

    Avec mon poste d’attaché-retraité-chef de service d’ORL à l’hôpital de Grasse à 5 vacations par semaine au 12ème échelon avec 2 000 € de salaire net mensuel (avant impôts) et nos astreintes opérationnelles payés 42 € par jour, 65 € au déplacement et 150 € le week-end, je suis preneur d’un poste de mercenaire en ORL au tarif des urgentistes, ce qui représentera mes revenus hospitaliers mensuels en 48 heures !!!

    • Danièle Raufast sur 5 octobre 2019 à 19 h 53 min

    Quel scandale… En arriver à ce marchandage… En 2017, année noire en cardiologie à Toulon, où pour la première fois il a été fait appel à des intérimaires pour tenir le tableau de gardes et ne pas fermer l’USIC. Responsable du tableau de garde, j’ai réalisé que le cardiologue intérimaire gagnait en une semaine mon salaire mensuel de PH au 13ème échelon… C’est ce que j’ai dit pendant mon intervention à Blois.

    Nous avons eu un bureau de pôle hier vendredi. Le sous-effectif recommence à être crucial, car les jeunes recrutés en novembre 2017 partent, se plaignant de la pénibilité de l’exercice dont les gardes et de leur salaire. Nous avons proposé de fermer une unité d’hospitalisation pour pouvoir assurer d’autres missions, en particulier les échocardios (les échographistes assurent la majorité des visites et ne peuvent donc être au four et au moulin). La réponse du directeur attaché à notre pôle a répondu que nous allions perdre des recettes !!! Que répondre à un tel manque de bon sens ?!! C’est la preuve criante de l’incompréhension de notre fonctionnement !

    Beaucoup d’intérimaires en anesthésie à Toulon.
    50 urgentistes (48 h par semaine…).
    L’intérim concerne de plus en plus également le personnel soignant.
    Comment bâtir quoi que soit de la sorte ?

    Et bien sûr le rôle du chef de service
    « monteur de mayonnaise »… Il en existe peu…

    Je pourrais écrire des heures sur le sujet tant il me tient à cœur…

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