Si ça démarre comme ça dès l’internat, comment s’étonner du manque d’implication de certains PH ?

Autant je trouve scandaleuse la magouille administrative organisée par L’ARS en raison de son imprévoyance (voir ici), autant je ne me reconnais pas dans cette jeune interne qui redoute les services à grosse charge de travail, et crée un groupe WhatsApp pour organiser ses vacances avant même la prise de fonction et de rencontrer ses co-internes …pour finalement en faire le « deuil »…. Et vous? Parvenez vous à vous identifier à cette jeune collègue?.

Deux semaines avant le début du semestre d’hiver, l’ARS d’Ile-de-France annonçait aux internes de médecine générale que leurs choix de stages étaient annulés, officiellement pour un problème de procédure, officieusement pour combler le déficit d’internes dans certains services de pédiatrie. Laura*, en deuxième année d’internat, fait partie des 260 internes contraints de changer de stage au dernier moment. Localisation, formation, spécialité… le grand écart est difficile à vivre pour l’étudiante, malgré une prime mensuelle de 400 euros. Elle témoigne pour Egora.

Egora.fr : Qu’avez-vous ressenti au moment de changer de stage ?

Laura : Au début, je ne pensais pas être concernée car mon stage était très mal noté… Sur les cinq postes prévus, on était que deux à avoir pourvu une place. Je pensais donc qu’à la seconde procédure, je l’aurai à nouveau, car même s’il était dans Paris, la charge de travail était vraiment au-delà de ce qu’on accepte de faire. J’avais déjà fait des stages dans le 77 [Seine et Marne, NDLR], cette fois, j’espérais être enfin dans Paris. 

Egora.fr : Comment s’est passée la seconde procédure ? 

Laura : Je suis plutôt à la fin du classement, je n’ai donc pas regardé le détail des 400 postes, évaluations, localisations… J’attendais le dernier moment. Cinq personnes avant moi, ma place a été pourvue et il n’y en avait plus d’autres disponibles dans le service. J’ai sélectionné trois nouveaux établissements hors de Paris, il ne restait plus rien intra-muros. Il y avait des postes dans d’autres services de pédiatrie, mais je tenais énormément à passer dans le service de mon stage initial. Ça a été la panique, je me suis dit “qu’est-ce que je fais ?”. On a que quelques minutes pour décider, et il ne restait que quatre jours avant de commencer le stage. On pense au temps de trajet, si on a le temps de changer d’appartement… J’ai finalement pris une autre spécialité pour me laisser la carte de pouvoir revenir dans ce service au prochain semestre.

Egora.fr : Comment était l’ambiance autour de vous ?

Laura : Dans la salle, c’était vraiment très anxiogène. On voyait les places se surligner en vert au fur et à mesure. A ce moment, on commence à regarder les évaluations, on ne sait plus si on doit choisir selon la localisation, selon la formation, selon le temps de travail… On panique un peu. Notre cerveau ne fonctionne plus normalement. Sur le coup, on ne réfléchit pas. On se sent submergés. Autour de moi, des personnes pleuraient. C’était vraiment particulier, on n’était pas prêt à revivre ça. 

Egora.fr : Qu’implique ce changement de stage pour vous ?

Laura : C’est un stage à 1h30 de Paris, avec plusieurs changements en transports en communs alors que je venais de prendre un logement à sept minutes en vélo de mon premier lieu de stage. Je me pose encore beaucoup de questions, s’il vaut mieux prendre un deuxième logement, s’il vaut mieux y aller en voiture malgré les bouchons. Avec mes horaires, les aller-retours en transports en communs me paraissent compliqués, on travaille de 9h à 21h. En plus je m’étais déjà préparée. J’avais joint les personnes qui avaient choisi pédiatrie comme moi…et j’avais fait un groupe sur Whatsapp pour discuter des vacances, qui voulait prendre quelle semaine. Là, on doit faire un deuil.

Egora.fr : Pourquoi avoir bloqué l’ARS Ile de France le 28 octobre dernier ? 

Laura : J’ai participé à la mobilisation par soutien à mes co-internes et pour défendre notre formation et le respect auquel on devrait avoir le droit. A la base je ne pensais pas m’y joindre parce que très souvent en médecine, on subit des changements de règles en cours de parcours. Et chaque fois qu’on a besoin de se faire entendre, on a l’impression qu’on a aucun pouvoir. Je pensais que ça ne servirait à rien… Mais j’ai remarqué que cette fois-ci, il y avait vraiment beaucoup de monde très contrarié, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.  On voulait tous des excuses et faire comprendre que ce serait sympa de nous mettre dans l’équation. 

Je suis d’ailleurs très agacée de l’attitude du directeur de l’ARS. Il s’est vanté d’avoir résisté à la pression [des chefs de service de pédiatrie, NDLR] pendant dix jours, mais quand ils ont trouvé le vice de procédure, il a immédiatement cédé. S’il avait eu cette excuse plus tôt, il aurait changé les stages bien avant. J’ai trouvé ça déplacé et outrant. 

Egora.fr : Quel est le regard des internes sur la situation des services de pédiatrie ?

Laura : Nous sommes très sensibles à cette situation, tout comme l’opinion générale. On voulait aussi trouver une solution, mais on aurait aimé la trouver ensemble. Sans qu’on nous impose quelque chose et qu’on se retrouve, une fois de plus, à payer les pots cassés. Pénurie d’internes en pédiatrie : pour Buzyn c’est la faute aux enseignants en MG

Egora.fr : Comment voyez-vous les prochains jours ?

Laura : J’ai rangé mes livres de pédiatrie et sorti ceux de gériatrie. Je suis encore un peu dans l’illusion, j’ai l’impression que tout ça n’est pas vrai.

*Le prénom a été modifié.

Par Marion Jort le 05-11-2019

5 Commentaires

Passer au formulaire de commentaire

    • Danièle Raufast sur 9 novembre 2019 à 14 h 32 min

    La façon de choisir le stage et au dernier moment semble effectivement anxiogène ainsi que le problème des transports.
    Je ne peux évaluer la charge de travail à travers cet interview.

    Ce qui est sûr, c’est qu’anticiper les vacances sans connaître le fonctionnement du service et ses besoins comme ceux des « seniors », comme l’on dit maintenant, peut prêter à discussion et va tout à fait dans l’ambiance actuelle « moi d’abord et mes loisirs surtout ».

    Ceci dit, il y a des internes super motivés, avec lesquels c’est un réel plaisir d’échanger et de faire du compagnonnage comme au bon vieux temps.
    Malheureusement, il y a de moins en moins d’internes dans les services, notamment à Toulon et particulièrement l’été où il y a très peu de places proposées au choix dans les hôpitaux périphériques au profit du CHU.

    Le comportement de l’ARS, tel que décrit, témoigne encore une fois de la méconnaissance du terrain.

    Difficile aussi le syndrome de la patate chaude : pourquoi ne pas reconnaître que l’on s’est trompé si c’est le cas ? Et ceci à tous les niveaux…

    • houis sur 9 novembre 2019 à 15 h 23 min

    Problème ahurissant de la prise en charge de la santé en France, celui des études médicales, celui du fonctionnement des hôpitaux, ca fait 35 ans qu’on les a prévenus et on continue d’aller droit dans le mur
    Pour nos technocrates de m….il s’agit surtout d’un souci de pognon et l’humain passe loin derrière.
    Qui est adepte de la collapsologie ?, je suis en train de lire un bouquin qui s’appelle « Comment tout peut s’effondrer » Impressionnant et terrifiant pour nos enfants,

    • Friedmann sur 9 novembre 2019 à 22 h 50 min

    Et voilà, la disparition de l internat périphérique fait changer d hôpital tous les 6mois. L implication des internes en a été moins marqué. Maintenant se faire balader par l ARS est honteux

    • KALI sur 10 novembre 2019 à 15 h 53 min

    Désolant….

    • christine charle sur 13 novembre 2019 à 10 h 33 min

    édifiant… Mais ce n’est pas nouveau. Quand mon service était « validant » pour la spécialité MPR, il y avait aussi des magouilles et au dernier moment avant le choix des internes ou FFI, il était retiré de la liste pour permettre aux service lyonnais d’être pourvus.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.