Le « patron » des patients dégomme à plein tube la liberté d’installation

Il ne va pas se faire des amis parmi les médecins. Alain-Michel Ceretti, président de France assos santé vient de publier une tribune intitulée « Déserts médicaux à qui la faute ? », dans les colonnes de What’s up doc. Il y dénonce le « dogme » de la liberté d’installation et y égrène les poncifs habituels des partisans de la coercition.

Attention, cet article risque d’en irriter plus d’un. Médecins ‘responsables’ de la désertification médicale, contrainte à l’installation, encadrements des honoraires… Tous les sujets qui fâchent y passent. Ces propos sont extraits d’une tribune publiée sur le site What’up Doc, signée par le président de l’association France-Assos Santé (nouvelle appellation du Ciss), Alain-Michel Ceretti…

 

«  »Non à la soviétisation de la médecine » ! Que n’ai-je entendu dans la bouche de médecins – amis, connaissances ou représentants syndicaux – les fois où je me suis aventuré à remettre en cause le dogme (il n’y a pas d’autre mot) de la liberté d’installation des praticiens…« , s’indigne Alain-Michel Ceretti en préambule de son texte.

« Est-il acceptable que des dizaines de milliers de Français doivent attendre des mois pour une simple consultation chez un ophtalmologiste ? Qu’en 2018, des chefs d’entreprise peinent à recruter des salariés parce qu’ils ne trouvent pas de médecin traitant sur place ? Qu’une personne âgée soit obligée d’attendre la venue d’un fils ou d’une nièce pour faire les 30 kilomètres qui la séparent de son généraliste ? », s’interroge-t-il.

Devant les conséquences « dramatiques » de la désertification médicale qui poussent les patients à aller aux urgences parce qu’ils n’ont « pas d’autres solutions », Alain-Michel Ceretti tente de trouver des solutions. Il évoque ainsi l’hypothèse de « concevoir des formes nouvelles de permanence des soins » ou encore celle « d’impliquer d’autres professionnels comme les infirmier(ère)s dits « de pratique avancée« , ainsi que « les pharmaciens d’officine qui pourront ainsi participer au suivi des patients ».

« Enfin, il faudra bien un jour ou l’autre aborder de front « la » question qui fâche ; à savoir la liberté d’installation » tonne le président. S’il admet qu’il ne faut pas « bouleverser d’un coup le système actuel », il rappelle que « le coût des études est entièrement pris en charge par la collectivité par le biais des universités et de l’hôpital public ».

« Une fois leurs études achevées, les praticiens peuvent s’installer en libéral où ils veulent et pratiquer peu ou prou les tarifs qu’ils désirent. Sans la moindre contrepartie. Est-ce bien normal ? », se questionne-t-il. Sans surprise, sa réponse est non.

Il propose donc de « changer les règles du jeu ». « Demain, dans les zones de densité médicale insuffisante, la liberté d’exercice totale resterait la règle. Dans les zones moyennement dotées, un effort de participation à la santé publique serait demandé aux jeunes médecins, par exemple au travers d’actions de prévention auprès des populations les plus fragiles. Enfin, dans les régions où les médecins sont déjà très nombreux, leur installation serait conditionnée : pendant une durée fixe, les nouveaux arrivants auraient l’obligation de consacrer une partie de leur temps à des missions de service public et pratiquer des tarifs encadrés », suggère-t-il avant de menacer, « qu’on ne s’y trompe pas : si aucune avancée ne se produit rapidement, les solutions risquent d’être plus contraignantes encore y compris en imposant à la fin des études quelques années de résidence dans des zones de désert médical ».

« Après tout, c’est aux médecins de s’adapter aux besoins des Français. Pas l’inverse », tranche-t-il.

Par Sandy Berrebi-Bonin le 03-07-2018 in Egora.fr

Le mot de la rédactionNous avons sollicité Alain-Michel Ceretti pour qu’il nous en dise plus sur cette tribune. Devant notre refus face à sa demande de lui envoyer les questions à l’avance et de relire l’interview avant publication, ce dernier a décliné. Nous rappelons que tous nos interlocuteurs (sauf cas exceptionnels) sont logés à la même enseigne à savoir qu’il n’y a pas de relecture avant publication. Nous enregistrons et restituons fidèlement les propos de nos interlocuteurs.

 

La réponse de Jérome Marty Président de l’UFML-S le 04-07-2018: « Toi qui veux dégommer la liberté d’installation, je vais te dire pourquoi tu as tout faux »

Hier matin le Dr Jérôme Marty a découvert sur Egora.fr les propos d’Alain-Michel Ceretti, président de France-assos santé, justifiant sa volonté de revenir sur la liberté d’installation. Ulcéré, le Dr Marty a décidé de prendre la plume et de répondre au patron des associations de patients. Nous publions sa réponse.

 

Alain Michel, tu permets que je t’appelle par ton prénom ?

Tu penses connaitre si bien les médecins que le tutoiement peut s’autoriser.

 

Tu attaques au démonte pneu la profession médicale et tous les poncifs y passent : Nous serions responsables et coupables du drame des déserts médicaux, tu nous fais, cause, alors que comme les patients, comme toi, nous ne sommes que conséquences. Conséquences des politiques sanitaires successives qui ont construit les déserts médicaux à force de « désaménagement » du territoire et de « désattractivité’ de nos professions.

Oui Alain Michel cet enfant que l’on cache c’est d’abord celui des politiques, et puis osons le dire c’est aussi un peu le tien , toi qui n’a jamais dénoncé cet état de fait, alors que sous tes yeux s’alourdissaient chaque jour les temps de non soin, à force de centralisme, d’hyper-administration, de protocoles et de procédures, que les tarifs des praticiens s’éloignaient de la réalité de leurs missions rôles et responsabilité, que les départs augmentaient, que les arrivées diminuaient et que l’épuisement, et les parfois drames se multipliaient.

Tu nous dis que les études des médecins sont payées par la Nation, il faut donc que je t’explique (une vidéo circule sur les réseaux ou je m’adresse à toi). Les étudiants en médecine, externes puis les internes remboursent leur cursus, dont ils financent une partie, (à moins que tu sois contre les bourses ?) en ne comptant pas leurs heures au service de l’hôpital en CHU comme en CHG.  Leurs rôles et leurs responsabilités sont indispensables au fonctionnement même de l’institution pour des rémunérations et des salaires bien inférieurs à ce que l’hôpital devrait dépenser pour la même activité réalisée par des salariés.

Ils remboursent, Alain Michel, en travaillant dans des conditions qui souvent provoquent des drames dans leur rangs.

Tu nous dis que les médecins une fois leurs études achevées peuvent s’installer ou ils veulent et pratiquer peu ou prou les tarifs qu’ils désirent. Là tu fais très fort Alain Michel, dois-je te rappeler que les médecins généralistes responsables du premier recours, sont dans leur immense majorité en Secteur 1, mais je vais te prendre aux mots, il faut ouvrir la possibilité d’accès aux honoraires complémentaires pour tous les médecins, et rendre attractive les professions. Cela sous encadrement d’une autorité ou soignants patients et administration siègeraient et qui veillerait au respect du tact et mesure autant qu’au respect de l’indépendance des soignants par les organismes chargés du remboursement. (Bien-sûr il existerait un tarif social pour  les patients relevant de la CMU, CMUc, ACS et AME)

Tu nous dis encore : Après tout c’est aux médecins de s’adapter aux besoins des Français pas l’inverse »

Non Alain, c’est aux  Politiques de s’adapter aux problématiques rencontrées par les Français, pas aux médecins de s’adapter aux conséquences de politiques qui au mépris de l’expertise des soignants, cassent le système sanitaire.

C’est aux politiques de repenser la politique de la ville, aux politiques de travailler avec les patients et les soignants pour relancer l’attractivité des professions médicales, alors que la pénurie frappe dans nos villes, nos campagnes, sur tous les territoires, en médecine libérale, à l’hôpital public, aux urgences, en cliniques privées, dans les Ehpad…

Oui Alain, c’est aux politiques de revoir entièrement leur copie et d’ouvrir la gouvernance du soin aux représentants des patients et des soignants au côté de l’administration relais de l’état avec le même pouvoir et droits d’opposition. Mais pour cela Alain il faut se dégager de toute suspicion de conflits d’intérêts et disons le ici, le financement de France Asso Santé ne le permet pas ! Trop d’influence de l’état et il se murmure même que l’industrie pharmaceutique pourrait subventionner une part du fonctionnement de la maison … Alain Michel, le système s’effondre, il n’est plus temps d’opposer les soignants aux patients, tous seront touchés.

Il n’est que temps de porter la confiance, l’audace et le courage.

La confiance dans une profession dernier ciment sociétal qui tient encore à bout de bras notre système sanitaire.

L’audace de renverser les schéma établis pour créer ensemble, avancer ensemble, organiser ensemble, gérer ensemble.

Le courage de tourner le dos aux solutions simplistes et attentistes, de débattre et de percevoir l’autre comme il est et non comme l’on voudrait qu’il soit.

 

 

 

 

 

 

3 Commentaires

    • BELTRANDO Jean-Claude sur 5 juillet 2018 à 19 h 59 min

    Monsieur Alain-Michel Ceretti a oublié que les déserts médicaux et la raréfaction des spécialistes sont les conséquences désastreuses du numerus clausus inventé en 1971 et aggravé sous l’aire socialiste pendant 14 ans faisant tomber le chiffre de 8 500 à 3 500 médecins par an heureusement remonté à partir des années 2 000 par Chirac puis Sarkosy et qu’il faut attendre 15 ans pour commencer à redresser lentement la pénurie médicale libérale aggravée par la féminisation (sans mysogynie) et la recherche du salariat médical !

    • houis sur 6 juillet 2018 à 13 h 46 min

    que dire de plus devant le remarquable plaidoyer de Mr MARTY ?
    parfait résumé de Bebel
    courage pour nos jeunes médecins qui vont vivre des années difficiles

    • Jacques Rivoallan sur 6 juillet 2018 à 17 h 00 min

    Nous sommes allés en novembre 1994 au Ministère, avec Alain GOURCUFF et Daniel LOURENC0 pour leur dire qu’il fallait penser à augmenter ce numerus clausus, et il nous a été répondu qu’il était urgent de ne rien faire car il y avait des élections présidentielles l’année suivante………

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