Pauvre français… Comment en es tu arrivé là?

Je vous ai concocté un exercice d’auto-évaluation de connaissance de la langue française basé sur des expressions courantes. (Albert tu as une obligation de perfection (10/10) puisque tu as écrit dans un commentaire précédent concernant la langue française: « ancien élève des Jésuites, je souscris à une certaine rigueur« ).

Testez-vous sans tricher, sans répondre au hasard car chaque réponse est, vous le verrez, logique. Les solutions sont à la suite des questions.

Question 1-Que signifie : « Vous n’êtes pas sans ignorer »

Question 2- Devant un événement imprévu, êtes-vous indifféremment surpris(e) ou étonné(e)?

Question 3-Si vous commettez un délit, doit-on vous sanctionner ou vous punir ?

Question 4-« Après que » est-il suivi de l’indicatif ou du subjonctif ?

Question 5-Dit on Merci de ou Merci pour ?

Question 6-Faire long feu : évoque t-il une réussite durable ou un échec à long terme ?

Question 7- Quelle est la différence entre une décade et une décennie ?

Question 8- Corrigez cette phrase : « en outre, nous devons également tenir compte de cette étude qui est en cours actuellement »

Question 9-Que signifie grève de la faim ?

Question 10-Corriger cette phrase : il n’y est pas parvenu, loin s’en faut

Certaines réponses vont à l’encontre des usages mais sont justifiées. Si ce type de test vous plait, dites le dans les commentaires et il j’en publierai d’autres (surtout si vous en adressez sur différents sujets par l’intermédiaire de l’onglet « publiez un fichier ») . Les réponses sont accessibles en continuant la lecture.

Réponse 1-De même qu’en algèbre deux signes négatifs valent un signe positif quand on multiplie, en grammaire deux négations juxtaposées valent une affirmation. « Vous n’êtes pas sans ignorer que » signifie : « Vous ignorez que ».

Si vous tenez vraiment à la double négative, dites : vous n’êtes pas sans savoir que ou vous n’ignorez pas que

Réponse 2-Mme Littré, rentrant chez elle, trouve son mari, l’immense lexicographe, dans les bras d’une femme.

— Je suis surprise ! lui dit-elle.

— Non, madame, vous êtes étonnée ; c’est moi qui suis surpris.

☞ Etonné signifie étymologiquement « frappé par le tonnerre ».

Réponse 3– Selon l’Académie, employer sanctionner au sens de punir est abusif. Donc : on punit quelqu’un. On sanctionne la faute qu’il a commise.

Parmi les sens qu’il donne au mot sanction, Littré cite en premier : « acte par lequel le souverain approuve une loi ; approbation sans laquelle elle ne serait point exécutoire » ; en deuxième : « approbation donnée à une chose » ; en troisième seulement : « peine ou récompense qu’une loi porte, décerne pour assurer son exécution ».

Réponse 4-La grammaire en général et les temps de conjugaison en particulier n’ont pas été inventés pour enquiquiner les écoliers, mais pour leur inculquer des rudiments de logique. Ici, l’important est d’expliquer didactiquement, simplement, clairement, le distinguo grammatical, comme Malherbe. Ce sublime poète de la Renaissance réservait le subjonctif aux choses douteuses et le présent aux choses certaines.

• Avant que appelle le subjonctif. On écrit, par exemple, avant que je vienne parce que l’action n’est pas sûre, encore moins certaine : il se peut que je ne vienne pas.

• Après que exclut le subjonctif parce que là, c’est sûr et même plus que sûr, l’action s’est accomplie : je suis venu ou je vins, et donc : après que je suis venu ou après que j’étais venu. Molière, dans Les Femmes savantes : « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. » Et Charles Trenet : « Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu. ».

Réponse 5-Merci de bien distinguer :

• Merci de, qui se rapporte à ce qui s’est produit : merci de votre envoi. Quand un orateur finit sa péroraison, il dit souvent à ceux qui l’ont écouté : « Merci de votre attention. » Et lorsque merci précède un verbe à l’infinitif, il est toujours suivi de la préposition de : merci de venir.

• Merci pour se rapporte à une chose à venir, qu’on espère ou que l’on prescrit. Invitant l’assemblée à être attentive, l’orateur précité dira : merci pour votre attention.

Réponse 6 Faire long feu, c’est « rater son coup » et non, comme on le pense d’ordinaire, le réussir. L’expression date des premières armes à feu, lesquelles devaient être chargées avant chaque tir. Les coups étaient longs à partir. Le feu était long, long, trop long. Si la poudre était humide, si elle s’éteignait ou mettait trop de temps à se consumer, alors les fantassins et les artilleurs rataient leur coup. Le long feu, c’était donc l’équivalent du pétard mouillé, du coup raté, de la tentative poussive, mais loupée, en d’autres termes, du coup manqué

Par métaphore, on dit faire long feu à propos d’un fait, d’une action, d’une circonstance qui traîne en longueur pour, au bout du compte, se solder par un échec.

Donc, on ne fait long feu que lorsqu’une chose s’éternise sans succès. Ceux qui connaissent le sens exact de l’expression l’emploient surtout négativement. Cela n’a pas fait long feu, autrement dit : n’a pas duré longtemps

Réponse 7-La durée d’une décade n’est pas celle d’une décennie : une décade dure dix jours, une décennie dix ans.

Fabre d’Eglantine, sous la Révolution, créa le nom des mois du calendrier républicain (en vigueur de 1792 à 1806). Les mois révolutionnaires comptaient chacun trois semaines de dix jours appelés primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, décadi. Les cinq ou six jours restant pour faire une année complète – appelés sans-culottides – étaient consacrés aux fêtes républicaines.

Les rappels qui suivent ne sont pas inutiles.

• Un lustre dure cinq ans (le lustrum était chez les Romains une cérémonie purificatrice organisée tous les cinq ans)

• Un jubilé, c’est le cinquantième anniversaire d’un événement, notamment religieux. Qualifier ainsi d’autres durées qu’un demi-siècle est contestable.

Réponse 8– il y a deux pléonasmes dans cette courte phrase: en outre, avec également  et actuellement  avec en cours

Réponse 9– A y bien réfléchir, l’expression s’avère absurde. La faim, c’est « l’envie ou le besoin de manger »; la grève, « l’arrêt d’une activité, la cessation volontaire et collective du travail ». Dès lors, si les mots ont un sens, faire la « grève de la faim » revient à s’alimenter en abondance afin de supprimer la sensation de faim ! Grève du manger serait plus logique.

Réponse 10Loin exprime une distance, faut (du verbe « falloir ») une quantité. Confondre les kilomètres et les kilogrammes, c’est mélanger les choux et les carottes.

La logique, comme la grammaire, induit loin de là. La situation ne s’améliore pas, loin de là

10 Commentaires

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  1. j arrive ce matin au boulot et comme d habitude j ouvre mes e mails !!! et etonnee!!!! donc » frappee par le tonnerre » de la langue francaise; j ai joue 7 bonnes reponses/10 ;pas mal ; c est tres plaisant et instructif encore et merci

  2. Bouh 😩 seulement 5 /10….

  3. 8 sur 10 j’ai sanctionné et la 10 je n’avais pas compris

  4. Excellent

  5. ca m’a plu

  6. lu et aprécié

  7. Consoles toi Francoise, je suis aussi à 5/10

  8. Super exercice merci on en redemande

  9. Super exercice merci

  10. Toujours intéressant

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