Veut-on diaboliser l’exercice médical ou le standardiser? …..Vous en avez marre d’être un bouc émissaire??? Faites comme moi…lâchez vous et parlez en !

Après les recommandations de bonnes pratiques cliniques, voici les recommandations de bonnes pratiques concernant la relation humaine…

Certains m’ont fait remarquer que j’étais bien jeune  pour avoir cessé mon activité professionnelle de Gynécologue -Obstétricien et être parti à la retraite, et m’ont interrogé sur mes motivations.

Parmi les raisons, et en mettant d’emblée de côté celles qui sont d’ordre privé, je peux citer pèle-mêle la pénibilité des gardes sur place, une prime d’Assurance Responsabilité civile professionnelle flirtant avec les 30000 (trente mille) euros annuels, la survenue de pathologies probablement liées au stress, les tracasseries administratives au cabinet et en établissement de soins, le refus de l’aléatoire par les patientes dès qu’il s’agit de leur grossesse ou de leur bébé (il n’y a plus de fatalité, c’est toujours de la faute à quelqu’un), le Docteur internet avec ses articles pseudo scientifiques et ses forums, les procédures médicales imposées au  nom de l’EBM supprimant le libre arbitre qui faisait l’attrait de l’exercice, la surcharge de travail liée à la raréfaction des praticiens, les patients qui n’honorent pas leur rendez-vous sans prévenir ou ne suivent pas vos prescriptions puis s’étonnent de l’absence de résultat … et j’en passe n’ayant pas pour objet de faire une liste exhaustive…

Cela fait un an que j’ai débranché  et aujourd’hui je prends en pleine gueu..  la présomption de culpabilité concernant les violences obstétricales et gynécologiques…

Moi qui pensais avoir fait preuve d’empathie (et on sait combien une femme enceinte et ses proches ou quelqu’un qui doit être opéré peuvent être chi…nts tant ils sont angoissés), j’apprends que j’étais peut être considéré comme (entre autres) un harceleur, décideur autoritaire, misogyne, et même violeur potentiel.

J’avais déjà attiré votre attention sur l’agressivité des propos de certaines militantes dans un article précédent intitulé : « Soigne-moi et tais-toi » ……… »connard » accessible ici.

J’imaginais que cette vision de notre profession était le fait d’une minorité confrontée à quelques confrères indélicats ou à des problèmes personnels. Je découvre avec effroi que ce regard est loin d’être marginal au point de déboucher sur un rapport contenant 26 recommandations rédigées par le Haut Conseil à l’Egalité entre les hommes et les femmes, à la demande de la secrétaire d’Etat. Les médias se chargeant de leur diffusion…. (voir quelques titres parmi tant d’autres en fin d’article).

Je n’avais pas de regrets pour les raisons mentionnées plus haut et aujourd’hui, je suis même heureux d’avoir quitté le navire, car je n’aurais pas supporté d’être présumé coupable de violences envers les femmes. alors que tout au long de ma carrière je me suis efforcé de les aider par mon écoute et les soins prodigués.

J’ai mis les pieds pour la première fois dans un service de Gynécologie-Obstetrique en 1975 en qualité d’externe…  On était au Moyen-Age… et surtout en ce qui concerne les mentalités!

Faisant partie d’une génération qui, en dépit des critiques acerbes de l’ensemble de la profession, a participé à l’essor de techniques qui ont révolutionné la pratique de la spécialité et même de la médecine ( endoscopie chirurgicale, imagerie par échographie, échographie interventionnelle), j’ai pu permettre aux femmes, dans le but d’améliorer leur bien-être, de bénéficier des  progrès que ces techniques induisaient.

Je me suis engagé avec et pour elles dans des combats de société, qu’il s’agisse de faire admettre la généralisation de la contraception, la pratique de l’IVG, l’analgésie obstétricale, le diagnostic antenatal,  la procréation médicalement assistée, le soutien aux femmes battues, l’accueil des couples homosexuels ayant un désir de grossesse et même exceptionnellement de transgenres ou transsexuels…

Quant à la chirurgie, ses indications ont été profondément remaniées pour ne plus la pratiquer systématiquement et de façon radicale comme en 1975 (fibromes, kystes ovariens etc) mais en dernier recours et de la manière la plus conservatrice et la moins délabrante possible, qu’il s’agisse des pathologies du sein,  de l’utérus et des ovaires pour respecter l’intégrité corporelle de la femme.

Citons également l’accompagnement pendant la grossesse,  l’accouchement ainsi qu’à l’occasion des moments difficiles dans la vie d’une femme.

Le Haut Conseil à l’Egalité entre les hommes et les femmes, en présentant, à la demande de la secrétaire d’Etat, 26 recommandations et en  officialisant l’existence de « violences obstétricales et gynécologiques » comme si ces violences étaient courantes,  balaye tous les engagements pris par les gynécologues pour les femmes d’un revers de main et jettent en pâture ces médecins aux médias et à la vindicte des réseaux sociaux..

Bien évidemment cela fait et va faire le buz.  D’autant que l’affaire ne se limite pas à » l’épisiotomie non consentie » (qui a été le déclencheur), nous sommes également voués à être cloués au piloris pour ce qui concerne la contraception, l’IVG, la « nécessité supposée ou réelle des actes effectués », les examens gynécologiques non consentis(?), et même le viol (au sens juridique du terme)*,…

[*dans le droit français, le viol est une agression sexuelle impliquant, selon l’article 222-23 du Code pénal, « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ».

J’attire votre attention sur le fait qu’être un gynécologue féminin ne met pas à l’abri d’une plainte pour viol.]

On évoque aujourd’hui de plus en plus le défaut de recueil préalable du consentement  lors d’un examen gynécologique comme une violence sexuelle, comment imaginer pouvoir travailler avec  un speculum à la main et une épée de Damocles au dessus de la tête?

Mais revenons au domaine de l’obstétrique, comment peut on envisager de laisser les parturientes refuser ou poser les indications de déclenchement, de césarienne, d’extraction foetale par forceps, d’épisiotomie à l’instant même où le périnée commence à craquer, de délivrance artificielle etc… au prétexte qu’elles savent ce qui est bon pour elles et leur bébé et alors qu’il est notoirement connu grâce aux médias que les médecins ne font pas de leur mieux, voire même commettraient intentionnellement des « violences obstétricales »?

Et in fine, quid de la responsabilité de ces médecins?

Sans réfuter l’existence de mauvais comportements de certains médecins à propos desquels il faut réfléchir et réagir avec la rigueur qui s’impose, je m’interroge sur la valeur d’une solution qui, alors qu’on parle d’une relation qui par essence fait intervenir deux participants, ne concernerait que les soignants sans remise en question du comportement des soignés,

Le problème, pour employer un mot à la mode, est sociétal : les patients veulent gérer leur vie comme ils l’entendent,  à l’instant présent sans réel projet à moyen ou long  terme, sans aucune contrainte ou effort. Ils exigent des solutions instantanées mais pas forcément durables, et de pouvoir prendre des décisions sans en assumer la responsabilité.

En résumé, ils réfutent la relation médecin-patient telle qu’elle existe depuis la nuit des temps dans laquelle il y a toujours eu un rapport dominant-dominé : le patient était au sens étymologique du terme  « celui qui subit » et qui mettait en oeuvre les recommandations du Docteur qui, au sens étymologique est « celui qui sait plus ou mieux ».

 

Veuillez excuser ce long billet d’humeur, dans lequel je ne fais pas preuve de la neutralité qu’on peut légitimement attendre d’un webmaster , mais qui n’est finalement pas tellement différent (au talent près) de celui de Michel Cymes  qui fustige la levée de la condamnation ordinale du Pr Joyeux  (qui se livre à une désinformation sur les vaccins) au nom de la liberté d’expression. (cliquer ici)

 

Violences obstétricales : le Haut conseil à l’Egalité présente 26 recommandations

Violences obstétricales : le Haut conseil à l'Egalité présente 26 recommandations

© PHILIPPE HUGUEN / AFP          29/06/2018 – 07h00

Vendredi, le Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes remet son rapport sur les violences obstétricales où il présente 26 recommandations.

Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical des femmes ne sont « pas des faits isolés » et doivent être sanctionnés, estime le Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE), appelant à une « prise de conscience » sur ce sujet vivement débattu ces derniers mois….

…Six types de faits sont établis : non prise en compte de la gêne d’une patiente, jugements sur la sexualité, le poids ou le désir d’enfant, injures sexistes, actes exercés sans consentement, refus d’actes, violences sexuelles…

… »La formation est centrée sur la technique au détriment de la relation humaine, et l’obligation légale d’une formation sur les violences sexistes reste insuffisamment déployée », dénonce l’HCE appelant particulièrement à l’étude de « la bientraitance et du consentement »…

 

8 Commentaires

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    • COSTE sur 30 juin 2018 à 11 h 44 min

    « Vive la retraite »dixit André et pour nous deux ton article est fabuleux.Nous sommes tout à fait d’accord avec ton analyse

    • houis sur 30 juin 2018 à 13 h 42 min

    Bravo Serge pour cette réaction qui a été bien plus neutre que tu ne le penses, moi à ta place j’aurai certainement dit leurs 4 vérités à ces femmes qui depuis quelques mois , et à cause d’un malade pervers ( Weinstein ) , croient que l’Homme n’est sur terre que pour les dominer; les agresser et les violer. En tout cas si j’étais jeune interne je ne choisirai jamais gynéco car va va être l’enfer pour eux.

    • BELTRANDO Jean-Claude sur 30 juin 2018 à 15 h 51 min

    C’est de qu’on appelle vider son sac, et il était bien rempli !
    Quel gâchis; faire 15 ans d’études supérieures pour n’exercer son art que 25 à 30 ans, c’est de l’anti-rentabilité !
    Pauvre Médecine qui m’inquiète car on arrive au paradoxe de l’hyper-technologie salvatrice de la vie humaine opposée à l’hyper-méfiance du patient hyper désinformé par les médias devant son médecin super consciencieux mais plus respecté !!!
    Bebel, médecin humanitaire encore respecté dans les pays pauvres où les malades croient encore au pouvoir du toubib et à la fatalité !

    • farnos sur 30 juin 2018 à 19 h 53 min

    très bel article, la pression se fait de plus en plus forte contre le corps médical alors nous les progrès ont été si important grâce à son implication…..Aujourd’hui les directives anticipées, les désirs de la personne de confiance peuvent entraver la décision médicale dans la prise en charge d’un patient

    • friedmann sur 1 juillet 2018 à 15 h 28 min

    Bravo Serge , ton analyse est un parfait reflet du ressenti d’une profession , soumise à la pression négative d’une minorité, mais hélas relayée par la puissance néfaste des réseaux sociaux.
    Il y a certes quelques brebis galeuses (qui justifient les plaintes à leur encontre) mais quelle misère de les assimiler à toute notre profession.
    Ce que je crains le plus, c’est que la jeune génération ne travaille plus que dans l’apprehension d’une plainte, et plus dans le bon sens médical même accolé aux diverses recommandations.

    • Jacques Rivoallan sur 1 juillet 2018 à 19 h 48 min

    Bravo Serge, je suis tout à fait d’accord avec toi et m’identifie parfaitement à tes propos.
    Je ne suis pas mécontent d’être un jeune retraité.Le métier va devenir ingérable.

    • Christine friedmann sur 3 juillet 2018 à 21 h 28 min

    Merci Serge pour ton coup de gueule
    oui nous essayons de faire au mieux pour nos patientes ; les excès de quelques uns ou de nous meme en toute bonne foi sont réels mais tout est disproportionné et je trouve toutes ces accusations terriblement injustes ; toujours le coté négatif et rien sur le coté positif des soins .
    mais restons nous aussi positifs; les choses peuvent changer :ce n’est pas parce que ça existe depuis la nuit des temps que le modèle est bon
    En analyse transactionnelle ( je ne prétends pas m’y connaitre mais j’ai fait une initiation par le biais de l’AFML) la relation dominant /dominé ou parent /enfant ne marche pas dans la bonne réussite du soin et ils conseillent plutôt une relation adulte /adulte .
    Bon , merci encore Serge de nous donner la parole
    bises
    Christine f

    De : WordPress
    Envoyé : samedi 30 juin 2018 19:12
    Objet : FNIAAIHRS: Un nouveau commentaire sur l’article intitulé Veut-on diaboliser l’exercice médical ou le standardiser? …..Vous en avez marre d’être un bouc émissaire??? Faites comme moi…lâchez vous et parlez en ! a été publié

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